Revue des lettres, des sciences du langage, des sciences de la communication et des sciences de l’éducation
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ENTRE ORALITÉ ET PHILOSOPHIE : QUEL PARADOXE DU DÉNI DE LA PHILOSOPHIE EN AFRIQUE ?
Auteur.e.s
Souglouman BAMPINI
Issaka YAMÉOGO.
Résumé
Cet article interroge le paradoxe du déni de la philosophie en Afrique, traditionnellement justifiée par
l’absence d’écriture dans les cultures africaines. L’histoire de la philosophie occidentale moderne a
souvent assimilé le logos à la scripturalité, reléguant l’oralité africaine au rang de pensée pré-rationnelle
ou mythique. Or, cette exclusion repose sur un double standard méthodologique flagrant. En analysant
les fondements de la philosophie hellénique, nous démontrons que celle-ci tolère parfaitement l’absence
de textes. D’une part, Socrate dont on prétend être le père fondateur de la philosophie, a déployé une
démarche purement orale et maïeutique, condamnant l’écriture comme une momification de la pensée.
D’autre part, les œuvres de ceux qu’on nomme Présocratiques ont entièrement disparu, car notre
connaissance de leurs pensées philosophiques ne repose que sur des reconstructions doxographiques
indirectes et fragmentaires. En appliquant une approche déconstructiviste et comparative, notre
recherche réhabilite l’oralité africaine comme une technologie rigoureuse de la mémoire et un espace de
critique individuelle, notamment à travers la « philosophie de la sagesse ». Le chercheur contemporain
accomplit ainsi un travail d’exégèse scripturale de la parole, identique à la philologie classique. En
définitive, le logos n’est pas tributaire du support écrit, et la pensée africaine s’inscrit légitimement dans
l’histoire universelle de la philosophie.